Quelle place la massothérapie peut-elle réellement prendre?
À l’occasion de la Journée mondiale de la colonne vertébrale — 16 octobre
Un dos raide au réveil. Une tension qui s’installe entre les omoplates après une journée devant l’ordinateur. Une région lombaire qui devient sensible après avoir travaillé, jardiné ou conduit plusieurs heures.Le mal de dos est tellement courant qu’on finit parfois par le considérer comme presque inévitable. Pourtant, derrière l’expression « j’ai mal au dos » se cachent des réalités très différentes.
Et surtout, avoir mal au dos ne signifie pas nécessairement que quelque chose est “déplacé”, “coincé” ou endommagé dans la colonne vertébrale.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), 619 millions de personnes vivaient avec une lombalgie en 2020. Ce nombre pourrait atteindre 843 millions en 2050. La lombalgie représente aujourd’hui la principale cause d’incapacité dans le monde.
Mais où se situe la massothérapie dans tout cela?
La douleur au dos ne vient pas toujours de la colonne
Lorsqu’une personne dit avoir « mal à la colonne », elle désigne souvent toute la région du dos.Or, le dos est un ensemble complexe composé notamment de vertèbres, de disques, d’articulations, de muscles, de tendons, de ligaments et de nerfs.
Et la douleur n’est pas toujours attribuable à une structure précise.
C’est même l’un des éléments les plus intéressants à comprendre : environ 90 % des lombalgies sont dites non spécifiques. Cela signifie qu’on ne peut pas identifier une maladie ou une lésion structurelle précise permettant d’expliquer la douleur.La douleur est réelle. Mais son origine peut être beaucoup plus complexe qu’un simple problème mécanique.Le niveau d’activité physique, les mouvements et efforts effectués, le sommeil, le stress, certaines conditions de travail, les expériences antérieures de douleur et plusieurs facteurs physiques, psychologiques et sociaux peuvent influencer la façon dont une personne vit sa douleur.
C’est pourquoi l’approche actuelle de la lombalgie chronique tend à être globale et centrée sur la personne, plutôt qu’à chercher systématiquement une seule structure responsable. L’OMS recommande d’ailleurs une prise en charge qui tient compte de l’ensemble des facteurs pouvant influencer l’expérience de la douleur.
Alors, que fait réellement le massothérapeute?
Le rôle du massothérapeute n’est pas de « replacer » la colonne vertébrale.Il travaille principalement auprès des tissus mous et du système musculosquelettique, dans les limites de son champ de pratique.Lorsqu'une personne consulte parce que son dos est tendu ou douloureux, le soin peut notamment viser à diminuer certaines tensions musculaires, favoriser la détente, améliorer temporairement le confort et faciliter certains mouvements.
Et il y a une nuance importante :
Le massage n’a pas nécessairement besoin de “corriger” une structure pour qu’une personne ressente un mieux-être.
Mais il peut réellement faire du bien au dos !
Les études portant spécifiquement sur la lombalgie ont observé certains effets favorables du massage sur la douleur et, dans certaines situations, sur la fonction à court terme.Il faut cependant conserver une certaine prudence : une importante revue Cochrane a conclu que la qualité des données disponibles était faible à très faible. Autrement dit, il existe des résultats encourageants, mais la science ne permet pas d’affirmer que le massage constitue à lui seul un traitement efficace à long terme de la lombalgie.
Et ce n’est pas nécessairement une mauvaise nouvelle.
Cela replace simplement la massothérapie là où elle peut être particulièrement pertinente : comme l’un des outils pouvant accompagner une personne dans la gestion de son confort et de son mieux-être.
Bouger ou se reposer lorsqu’on a mal au dos?
Lorsqu’on ressent une douleur, le premier réflexe peut être d’éviter complètement le mouvement.
« Je vais attendre que mon dos soit revenu à 100 % avant de recommencer à bouger. »
Pourtant, dans la majorité des lombalgies non spécifiques, l’objectif est plutôt de favoriser progressivement le retour aux activités et au mouvement, selon la situation et la tolérance de la personne. Nombreux professionnels de la santé inclut notamment l’éducation et les stratégies d’autogestion ainsi que les programmes d’exercice dans ses recommandations concernant la lombalgie chronique primaire. Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut ignorer une douleur importante ou « pousser à travers » celle-ci. Cela signifie plutôt que le mouvement peut faire partie de la solution.
Dans ce contexte, certaines personnes apprécient la massothérapie parce qu’une diminution temporaire de l’inconfort ou de la sensation de raideur peut les aider à se sentir plus à l’aise dans leur corps. Le massage et le mouvement ne devraient donc pas nécessairement être opposés. Ils peuvent être complémentaires.
Et si le stress avait aussi quelque chose à voir avec votre dos?
Il existe également une dimension souvent oubliée lorsqu’on parle de douleur : nous ne vivons pas notre corps indépendamment de ce qui se passe dans notre vie. Une période particulièrement stressante peut s’accompagner de mâchoires serrées, d’épaules constamment relevées, d'une respiration plus superficielle ou d'une sensation générale de tension.
Inversement, vivre avec une douleur persistante peut influencer le sommeil, l’humeur, les activités sociales, le travail et le bien-être psychologique. Il est de plus en plus reconnu, justement, que la lombalgie peut affecter la qualité de vie et le bien-être mental et souligne l’importance de considérer les facteurs physiques, psychologiques et sociaux lorsqu’une douleur devient chronique. C’est une autre raison pour laquelle un soin ne se résume pas nécessairement à travailler « exactement où ça fait mal ».
Le massothérapeute tient compte de la personne dans son ensemble.
Les questions pertinentes du thérapeute ;
« Depuis quand avez-vous mal? »
« Est-ce arrivé soudainement? »
« Y a-t-il eu une chute ou un accident? »
« Est-ce que la douleur descend dans la jambe? »
« Certains mouvements aggravent-ils ou diminuent-ils vos symptômes? »
Ces questions ne sont pas anodines. Avant un massage, le questionnaire santé et l’échange avec le client permettent au massothérapeute de mieux comprendre la situation, d’adapter son soin et de déterminer si certains éléments nécessitent davantage de prudence. Parfois, la meilleure décision professionnelle n’est d'ailleurs pas de masser immédiatement, mais plutôt de recommander au client de consulter un professionnel de la santé.
Quand un mal de dos mérite-t-il d’être évalué?
La grande majorité des douleurs au dos ne signifie pas qu’une maladie grave est présente. Mais certains symptômes ou certaines circonstances nécessitent une attention particulière. Une douleur importante apparue après un traumatisme, une faiblesse ou un engourdissement qui progresse, des changements inhabituels au contrôle de la vessie ou des intestins, une perte de sensibilité dans la région génitale ou autour de l’anus, de la fièvre ou un état général inhabituel associé à une douleur au dos sont quelques exemples de situations qui justifient une évaluation médicale. Une douleur persistante, qui s’aggrave ou qui limite considérablement les activités mérite également d’être discutée avec un professionnel de la santé.
Le massothérapeute ne pose pas de diagnostic médical. Reconnaître les limites de son intervention et référer lorsque la situation le demande fait aussi partie d’une pratique professionnelle responsable.
Une équipe plutôt qu’une seule solution
Pour certaines personnes, prendre soin de leur dos peut impliquer plusieurs approches. Le massothérapeute peut travailler en complémentarité avec différents professionnels selon les besoins de la personne : médecin, physiothérapeute, kinésiologue ou autre professionnel qualifié. L’activité physique, l’éducation, les habitudes de vie et certaines interventions physiques ou psychologiques peuvent également avoir leur place.
Il n'existe pas nécessairement une intervention unique qui convient à tout le monde. La prise en charge devrait être personnalisée et tenir compte de la réalité de chaque personne.
5 choses à retenir pour prendre soin de son dos
1. Une douleur n’indique pas automatiquement une lésion.
La majorité des lombalgies sont non spécifiques : aucune maladie ou lésion structurelle précise n'en explique la douleur.
2. Le mouvement compte.
Selon la situation, demeurer actif et reprendre progressivement ses activités peut faire partie de la prise en charge.
3. Votre dos n’est pas seulement votre colonne.
Les muscles, les articulations, les tissus mous, mais également votre niveau d'activité et plusieurs facteurs liés à votre santé et à votre quotidien peuvent influencer votre expérience.
4. La massothérapie peut faire partie de votre coffre à outils.
Elle peut notamment contribuer au confort et à la détente et faire partie d’une approche plus globale de certaines lombalgies chroniques.
5. Une douleur inhabituelle mérite d’être écoutée.
Votre massothérapeute peut adapter son intervention et, lorsque la situation dépasse son champ de pratique, vous orienter vers une ressource appropriée.
‘‘Prendre soin de son dos, ce n’est pas chercher une colonne « parfaite »’’
Notre colonne vertébrale est faite pour permettre au corps de bouger. Prendre soin de son dos ne consiste donc pas nécessairement à éviter tous les mouvements, à rechercher une posture parfaite ou à attendre qu'une personne « replace » quelque chose. C'est plutôt apprendre à connaître son corps, demeurer actif selon ses capacités, écouter les changements inhabituels et utiliser les différentes ressources disponibles lorsqu'on en a besoin.
La massothérapie peut être l’une de ces ressources.
Non pas comme une solution miracle à toutes les douleurs au dos, mais comme une approche complémentaire qui peut contribuer au confort, à la détente et au mieux-être — au sein d’une vision beaucoup plus large de la santé du dos.

