Cicatrices et fascia : lorsque la guérison visible ne raconte qu'une partie de l'histoire
Quand une blessure guérit ou qu'une chirurgie est terminée, on a souvent l'impression que tout est rentré dans l'ordre. La peau se referme, la rougeur disparaît peu à peu et la cicatrice devient parfois si discrète qu'on finit presque par l'oublier.
Aujourd’hui, notre compréhension du corps humain a considérablement évolué. Les recherches sur le Fascia nous révèlent qu'une cicatrice ne se limite pas à ce qui est visible à la surface de la peau.
Lors d'une chirurgie, d'une chute, d'une coupure ou d'un accident, ce ne sont pas uniquement les couches externes et celles superficielles qui sont touchées. Sous la peau se déploie un vaste réseau de tissu conjonctif appelé fascia, qui enveloppe les muscles, les organes, les os, les nerfs et les vaisseaux sanguins. Ce réseau forme une continuité remarquable à travers l'ensemble du corps, un peu comme une immense toile tridimensionnelle reliant toutes les structures entre elles.
Lorsqu'on fait une incision, ce réseau est lui aussi atteint. Comme la peau, il entreprend un processus de réparation et de cicatrisation. Pourtant, alors que la peau retrouve souvent rapidement une apparence normale, la guérison des tissus plus profonds peut suivre une trajectoire différente.
Même lorsque la peau semble parfaitement guérie, des restrictions fasciales peuvent persister sous la surface. Avec les années, ces adhérences peuvent devenir plus denses et réduire progressivement la capacité des tissus à glisser librement les uns sur les autres.
Or, le fascia étant continu d'un bout à l'autre du corps et de l’intérieure vers l’extérieure et vis-versa, ces restrictions ne restent pas toujours localisées à l'endroit de la blessure initiale. Elles peuvent créer des tensions qui se transmettent à distance, parfois de manière surprenante. Quand je parle de cicatrices je les compare à une vigne qui serpente, se faufile en méandres dans le corps de façon multi-dimensionelle. Une ancienne cicatrice abdominale peut, par exemple, influencer la mobilité du bassin ou du dos, tandis qu'une cicatrice au niveau du pied peut participer à certaines compensations posturales plus haut dans le corps.
Cicatrices et Fascia
Cette réalité explique pourquoi les praticiens en thérapie myofasciale considèrent toujours une cicatrice comme bien davantage qu'une simple marque esthétique. Son apparence extérieure ne permet pas de deviner ce qui se passe réellement dans les couches profondes des tissus.
Une cicatrice même discrète et fine peut encore présenter des restrictions importantes, alors qu'une cicatrice plus visible peut parfois demeurer très souple et mobile. L'œil seul ne suffit donc pas pour évaluer son impact potentiel sur le fonctionnement global du corps.
Une autre idée reçue mérite également d'être abandonnée : celle selon laquelle il serait trop tard pour agir sur une vieille cicatrice. L'expérience clinique montre qu'une cicatrice âgée de cinq, dix, vingt ou même trente ans peut encore bénéficier d'un travail visant à améliorer la mobilité des tissus et à réduire certaines tensions associées.
Le corps conserve une remarquable capacité d'adaptation tout au long de la vie. S'intéresser à ses anciennes cicatrices ne relève donc pas uniquement de l'esthétique, mais aussi d'une démarche visant à mieux comprendre les liens parfois invisibles qui unissent les différentes régions du corps car une cicatrice raconte toujours une histoire qui dépasse largement la surface de la peau.
texte de BetsyAnn Baron

