Aux USA, les massothérapeutes cherchent de nouvelles façons d'améliorer leurs conditions de travail

Longtemps perçue comme une profession où chacun devait composer seul avec ses difficultés ou ouvrir sa propre clinique, aux États-Unis la massothérapie connaît aujourd'hui un changement de perspective. De plus en plus de praticiens s'interrogent sur les moyens d'obtenir de meilleures conditions de travail, et la syndicalisation fait désormais partie des options envisagées.

Les défis du métier sont bien connus : horaires irréguliers, travail physiquement exigeant et rémunération souvent limitée aux heures passées avec les clients. Les tâches pourtant essentielles — entretien des salles, préparation, rédaction des dossiers ou périodes d'attente entre deux rendez-vous — sont fréquemment effectuées sans rémunération. Pour plusieurs professionnels, le revenu réel est donc bien inférieur à ce qu'il paraît.

Le modèle des grandes chaînes de spas et de cliniques contribue aussi à cette réalité. Les hausses salariales étant souvent limitées, de nombreux thérapeutes changent régulièrement d'employeur pour profiter des primes d'embauche offertes ailleurs. Cette rotation constante entraîne une perte de clientèle pour les thérapeutes, complique le recrutement des employeurs et nuit à la stabilité des équipes.

Depuis quelques années, un mouvement de syndicalisation commence toutefois à émerger aux États-Unis. En 2022, des employés d'un établissement Elements Massage, à Denver, sont devenus les premiers massothérapeutes d'une franchise à se syndiquer. Deux autres établissements ont suivi en Floride (2023) et dans l'État de Washington (2025), démontrant que cette démarche est désormais envisageable dans l'industrie.

Cette évolution s'inscrit dans un contexte où les travailleurs des secteurs de services revendiquent davantage de reconnaissance. Malgré l'augmentation des prix des soins de massage au cours des dernières années, peu de massothérapeutes ont bénéficié d'améliorations salariales comparables.

La question du statut d'emploi demeure également au cœur des débats. Plusieurs thérapeutes sont considérés comme travailleurs autonomes, ce qui les prive de certaines protections offertes aux salariés. Or, selon les règles en vigueur dans plusieurs États américains, certaines personnes classées comme entrepreneurs indépendants pourraient en réalité répondre aux critères d'un emploi salarié et avoir accès à des droits supplémentaires, dont celui de se syndiquer.

Les défenseurs de la syndicalisation estiment qu'une convention collective peut permettre d'obtenir des salaires plus élevés, des horaires plus prévisibles, de meilleurs avantages sociaux, davantage de formation, ainsi que des mécanismes plus efficaces pour assurer la santé et la sécurité au travail. Certaines recherches indiquent également que les entreprises syndiquées profitent d'une meilleure rétention du personnel et d'une plus grande stabilité de leur main-d'œuvre.

La création d'un syndicat exige toutefois une importante mobilisation des employés et comporte certains risques. Des campagnes de syndicalisation ont déjà entraîné des tensions avec les employeurs, malgré les protections prévues par la législation du travail. C'est pourquoi plusieurs travailleurs choisissent d'être accompagnés par des organisations syndicales déjà établies afin de bénéficier d'un soutien juridique et stratégique.

Au-delà de la syndicalisation, plusieurs experts estiment que d'autres modèles méritent d'être explorés, notamment les coopératives de travailleurs, les mécanismes de négociation sectorielle ou le développement d'une pratique indépendante mieux structurée. Quelle que soit la solution retenue, un constat fait désormais consensus : les conditions de travail et la rémunération des massothérapeutes devront évoluer pour assurer l'avenir de la profession et retenir une main-d'œuvre qualifiée.

Suivant
Suivant

Le fascia : pourquoi le pamplemousse illustre bien le fascia