Massothérapie : renforcer l’encadrement pour protéger, rassurer et faire grandir la profession
Les événements récemment rapportés entourant le Nordik Spa Village de Chelsea soulèvent des questions qui dépassent largement les murs d’un établissement. Ils interpellent les spas, les cliniques, les massothérapeutes, les écoles de formation, et, plus largement, toute une industrie fondée sur une relation particulière : celle d’une personne qui confie son corps, son intimité et sa vulnérabilité à un thérapeute ou intervenant.
Les allégations rapportées sont graves et doivent être traitées avec tout le sérieux qu’elles méritent. Certaines situations ont par ailleurs déjà donné lieu à des condamnations criminelles. Mais cette affaire, qui doit encore être entendue sur le fond pour plusieurs des allégations, offre aussi l’occasion de poser une question plus vaste :
Comment pouvons-nous rendre la pratique de la massothérapie encore plus sécuritaire, plus transparente et plus professionnelle, pour les clients comme pour les thérapeutes?
Car réduire le problème à un établissement ou à quelques individus serait passer à côté d’un enjeu beaucoup plus important.
Une relation thérapeutique qui comporte une responsabilité particulière
La massothérapie n’est pas une profession comme les autres.
Le client se retrouve souvent allongé, parfois partiellement dévêtu, dans un environnement calme et intime. Il ferme les yeux. Il confie son corps à une personne qu’il connaît parfois à peine. Certaines techniques nécessitent de travailler à proximité de zones corporelles particulièrement sensibles.
Cette réalité fait partie intégrante de la pratique.
Elle ne doit cependant jamais être considérée comme allant de soi.
Le thérapeute doit savoir expliquer ce qu’il fait, pourquoi il le fait et quelles zones seront travaillées. Le client doit pouvoir poser des questions, refuser une technique ou demander qu’une région ne soit pas touchée. Le consentement doit demeurer présent tout au long du traitement et non être considéré comme une autorisation générale donnée au début de la séance.
Le consentement n’est pas une formalité. C’est une conversation.
Et cette conversation peut devenir l’un des outils les plus puissants dont dispose la profession pour renforcer la confiance du public.
La zone grise : un risque pour tout le monde
Pour les spas, les cliniques et les praticiens, l’un des enjeux importants réside dans les situations où les limites peuvent être interprétées différemment par le client et le thérapeute.
Un massage de l’abdomen, des fessiers, de la région pectorale ou d’une zone située près de l’aine peut, dans certains contextes thérapeutiques, faire partie d’une intervention professionnelle. Le problème n’est donc pas simplement de déterminer quelles parties du corps peuvent ou ne peuvent jamais être touchées. La question est plutôt de savoir dans quelles conditions elles peuvent l’être.
Pourquoi cette région doit-elle être travaillée?
Le client a-t-il été informé?
A-t-il donné son accord?
Le drapage est-il adéquat?
Le geste correspond-il réellement à l’objectif thérapeutique?
Le thérapeute sait-il comment réagir si le client manifeste un inconfort?
Et surtout : le client sait-il qu’il peut dire non?
Plus une situation est susceptible de créer de l’ambiguïté, plus les règles doivent être claires.
C’est précisément là que les protocoles peuvent jouer un rôle déterminant.
Des protocoles qui protègent aussi les thérapeutes
On pense souvent aux protocoles comme à des outils destinés à protéger le client.
Ils protègent également le thérapeute.
Un protocole clair peut préciser les étapes à suivre avant, pendant et après un traitement : présentation de la technique, explication de la zone qui sera travaillée, consentement, drapage, positionnement, communication pendant le traitement et conduite à adopter en cas de malaise.
Ce cadre ne devrait pas transformer une séance de massage en procédure froide et bureaucratique.
Au contraire.
Lorsque les règles sont claires, le thérapeute peut se concentrer davantage sur la qualité de son intervention.
Il n’a plus à se demander si une pratique est suffisamment bien expliquée ou si une situation risque d’être mal comprise. Il dispose d’un cadre professionnel auquel se référer.
Le client, de son côté, sait à quoi s’attendre.
Cette prévisibilité crée de la confiance.
Le rôle particulier des spas et des cliniques
Les établissements ont une responsabilité qui va au-delà de la sélection de thérapeutes.
Un spa ou une clinique qui accueille plusieurs praticiens doit pouvoir démontrer qu’il existe un véritable système d’encadrement.
Cela peut commencer avant même l’embauche : vérification des références, formation, expérience professionnelle, assurance responsabilité, adhésion à une association professionnelle lorsque cela est pertinent et vérification des antécédents selon les exigences applicables.
Mais l’encadrement doit continuer une fois le thérapeute en poste.
Des formations périodiques peuvent porter sur le consentement, le drapage, les limites professionnelles, la communication avec les clients, les situations délicates, les mécanismes de plainte et les comportements à adopter lorsqu’un client rapporte une inconduite.
Les gestionnaires doivent également savoir quoi faire lorsqu’une plainte est formulée.
Une plainte ne devrait jamais être traitée comme une simple insatisfaction envers un service.
Selon sa nature, elle peut nécessiter une procédure beaucoup plus rigoureuse : consignation des faits, écoute de la personne, conservation des informations pertinentes, évaluation de la situation et, lorsque les circonstances l’exigent, orientation vers les autorités compétentes.
Donner aux clients les moyens de parler
Un autre enjeu important est la méconnaissance des recours.
Après une expérience inconfortable ou une situation qu’elle juge inappropriée, une personne peut ne pas savoir vers qui se tourner.
Doit-elle parler au thérapeute?
Au propriétaire?
À la réception?
À l’association professionnelle?
À la police?
À un avocat?
Cette confusion peut contribuer au silence.
Les établissements pourraient donc rendre leurs mécanismes de plainte beaucoup plus visibles et accessibles.
Une simple information remise au client avant le massage pourrait rappeler ses droits :
Vous avez le droit de poser des questions.
Vous avez le droit de refuser une technique.
Vous pouvez demander qu’une zone ne soit pas travaillée.
Vous pouvez demander l’arrêt du traitement à tout moment.
Vous pouvez signaler une situation qui vous a rendu inconfortable.
Ces messages ne devraient pas être perçus comme une menace envers les thérapeutes.
Ils constituent plutôt une déclaration de professionnalisme.
Former à la technique, mais aussi à la relation
La qualité d’un massothérapeute ne repose pas uniquement sur sa maîtrise des techniques manuelles.
Un excellent thérapeute doit aussi savoir communiquer.
Il doit être capable d’expliquer simplement son intervention, de reconnaître les signaux verbaux et non verbaux d’inconfort, de respecter un refus sans insister et de maintenir une distance professionnelle appropriée.
Cette dimension relationnelle pourrait occuper une place encore plus importante dans la formation.
Le consentement, les limites professionnelles, la communication interculturelle, la vulnérabilité des différentes clientèles, la prévention des inconduites et la gestion des plaintes pourraient devenir des compétences aussi naturelles que l’apprentissage d’une technique de massage.
Une profession fragmentée qui doit parler davantage d’une seule voix
La situation actuelle soulève également une question structurelle.
La massothérapie québécoise est composée de nombreuses réalités professionnelles, de différentes écoles et de plusieurs associations qui ne possèdent pas toutes les mêmes critères d'adhésion ou les mêmes mécanismes.
Cette diversité a permis à la profession de se développer, mais elle peut aussi créer de la confusion pour le public.
Pour un client, comprendre la différence entre une formation, une association, une certification, une assurance professionnelle et les différents titres utilisés n’est pas toujours simple.
Une meilleure harmonisation de certaines normes pourrait donc être bénéfique.
Sans nécessairement effacer les particularités des différentes organisations, le milieu pourrait travailler à établir des standards minimaux communs en matière de formation, de déontologie, de consentement, de drapage, de protection du public, de traitement des plaintes et de vérification des antécédents.
Le registre commun des radiations mis en place par plusieurs associations constitue déjà un exemple de collaboration qui va dans cette direction.
L'encadrement ne devrait pas être vécu comme une attaque
Il existe parfois une crainte dans les milieux professionnels : davantage de règles signifie davantage de bureaucratie.
C’est une possibilité si l’encadrement est mal conçu.
Mais un bon encadrement peut avoir exactement l’effet inverse.
Il peut simplifier les décisions, uniformiser les pratiques, protéger les professionnels et rassurer le public.
Un thérapeute qui sait précisément comment procéder lorsqu’une technique concerne une zone sensible n’est pas moins libre.
Il est mieux outillé.
Une clinique qui possède une procédure claire lorsqu’une plainte est déposée n’est pas nécessairement plus méfiante envers son personnel.
Elle est plus responsable.
Un client à qui l’on explique clairement ses droits n’est pas nécessairement plus inquiet.
Il est davantage en confiance.
Et si cette crise devenait une occasion de faire avancer la profession?
C’est peut-être là que se trouve la réflexion la plus importante.
Les situations graves qui sont rapportées actuellement ne devraient pas être utilisées pour jeter le discrédit sur l’ensemble des massothérapeutes. Des milliers de professionnels pratiquent leur métier chaque jour avec compétence, respect et intégrité.
Mais leur profession peut sortir grandie d’un meilleur encadrement.
Parce qu'une profession gagne en crédibilité lorsque ses normes sont claires.
Elle gagne en reconnaissance lorsque le public comprend les compétences exigées.
Elle gagne en respect lorsque les limites professionnelles sont connues de tous.
Et elle gagne en valeur lorsque ses membres peuvent démontrer qu’ils évoluent dans un environnement où la sécurité du client n’est pas seulement une intention, mais une pratique concrète.
entrevue
prévention et compréhension des enjeux en matière d’agression sexuelle.
Vers une nouvelle culture du consentement
Le prochain grand pas pour la massothérapie pourrait donc être moins technologique que culturel.
Il s'agit de faire du consentement, de la communication et des limites professionnelles une partie intégrante de chaque séance.
Pas seulement lorsqu’une zone sensible est travaillée.
Pas seulement lorsqu’un client semble mal à l’aise.
Pas seulement après une plainte.
À chaque massage.
Cette culture pourrait se traduire par des protocoles simples, une formation continue, une meilleure supervision, des mécanismes de plainte accessibles, des critères d'embauche rigoureux et une collaboration accrue entre les établissements et les organisations professionnelles.
Elle pourrait aussi permettre aux thérapeutes de parler davantage de leur métier avec fierté.
Car protéger le public et valoriser une profession ne sont pas deux objectifs opposés.
Ils sont intimement liés.
Plus de règles, mais surtout plus de confiance
La massothérapie repose sur le toucher. Or, dans une société où la question du consentement et des limites personnelles occupe une place de plus en plus importante, le toucher thérapeutique doit pouvoir être expliqué, compris et encadré.
L’objectif ne devrait pas être de rendre la massothérapie méfiante ou impersonnelle.
Il devrait être de créer suffisamment de clarté pour que le toucher puisse demeurer ce qu’il est au meilleur de lui-même : un geste professionnel, thérapeutique et profondément humain.
Les spas, les cliniques et les praticiens ont donc devant eux une occasion importante : transformer une crise de confiance en chantier collectif.
Mieux former.
Mieux encadrer.
Mieux communiquer.
Mieux protéger.
Et, ultimement, mieux faire reconnaître une profession dont la valeur repose précisément sur la confiance que lui accordent les personnes qui viennent chercher du mieux-être.
Parce qu'un meilleur encadrement ne diminue pas la liberté de pratiquer la massothérapie. Il peut au contraire lui donner les fondations nécessaires pour grandir.
Massothérapie : quand le consentement doit être aussi clair que le geste
Les chiffres révélés cette semaine sont troublants. Selon des informations publiées le 8 octobre 2026, une action collective visant l’établissement Nordik spa Village a été autorisée par la Cour supérieure le 2 octobre dernier. Selon les informations rapportées, 143 personnes se seraient manifestées auprès du cabinet d’avocats au cours de la dernière année et les allégations concerneraient 36 massothérapeutes différents.
Ces chiffres donnent le vertige. Ils soulèvent des questions importantes sur la protection des clients, sur les mécanismes de plainte et, plus largement, sur l’encadrement de la massothérapie au Québec.
Il faut toutefois faire une distinction essentielle : une autorisation d’action collective ne constitue pas un jugement sur le fond de toutes les allégations. Certaines situations rapportées dans les médias ont toutefois déjà donné lieu à des condamnations criminelles, ce qui rend la question de la sécurité et de l'encadrement impossible à éluder.
Les spas et cliniques victimes d’un manque d’encadrement et de standard d’un métier non règlementé
La première tentation, devant de tels chiffres, est de pointer du doigt un établissement en particulier. Mais le problème mérite d'être regardé plus largement.
Des comportements criminels ou des inconduites commis par certains praticiens ne représentent évidemment pas l'ensemble des massothérapeutes. La grande majorité des praticiens exercent leur métier avec compétence, respect et intégrité. Pourtant, chaque cas d'abus est un rappel brutal de la vulnérabilité particulière d'une personne qui se retrouve seule, parfois dévêtue, dans une relation de confiance avec son thérapeute.
Et cette réalité concerne l'ensemble des établissements qui offrent des massages, les cliniques, les spas, les travailleurs autonomes, les écoles de formation.
Elle concerne surtout la nécessité de rendre les règles de pratique suffisamment claires pour qu'il ne puisse y avoir de confusion sur ce qui est acceptable, sur ce qui doit être expliqué au client et sur ce qui doit immédiatement déclencher une intervention.
« Le consentement ne devrait jamais être une zone grise »
La massothérapie implique nécessairement un contact physique. Certaines techniques peuvent également nécessiter un travail sur des régions corporelles sensibles. Cela ne signifie pas qu'un contact avec l'abdomen, les fessiers, la région pectorale ou certaines zones proches de l'aine soit automatiquement inapproprié.
La différence se trouve dans le cadre.
Pourquoi cette région doit-elle être travaillée? Le client a-t-il été informé? A-t-il donné son accord? Le drapage respecte-t-il les normes établies? Le geste est-il cohérent avec l'objectif thérapeutique annoncé? Le client peut-il demander l'arrêt du geste à n'importe quel moment?
Ces questions ne devraient pas être laissées à l'interprétation du thérapeute ou du client.
Plus une zone est susceptible de créer un malaise, plus le protocole devrait être précis.
C'est probablement l'une des grandes leçons que l'industrie doit retenir de la situation actuelle.
Former les thérapeutes, mais aussi encadrer la pratique
La formation technique est indispensable. Mais elle ne suffit pas.
Un massothérapeute doit également savoir expliquer son intervention, obtenir un consentement clair, respecter les limites exprimées, effectuer un drapage adéquat et reconnaître immédiatement une situation inconfortable.
Les établissements ont aussi un rôle majeur à jouer.
Le Nordik Spa Village indique aujourd'hui avoir mis en place différentes mesures visant à créer un cadre plus clair et sécuritaire pour les massages. Son site mentionne notamment des informations destinées aux clients avant le premier massage ainsi qu'un dispositif discret d'enregistrement audio dans certaines salles afin de soutenir un environnement professionnel et sécuritaire. Ses exigences actuelles envers les massothérapeutes comprennent notamment une formation minimale de 1 000 heures, l'adhésion à une association professionnelle reconnue, une assurance responsabilité professionnelle et une vérification d'antécédents judiciaires satisfaisante.
Ces mesures ne permettent évidemment pas de réécrire le passé ni de répondre aux questions soulevées par l'action collective. Elles montrent cependant une chose importante : les pratiques d'encadrement peuvent évoluer.
Et elles doivent évoluer.
Une responsabilité qui dépasse le spa
Le débat actuel met également en lumière une réalité connue depuis longtemps dans le milieu : au Québec, la massothérapie n’est pas règlementée. Plusieurs associations encadrent leurs membres selon leurs propres critères et certaines organisations réclament depuis plusieurs années une meilleure reconnaissance et un encadrement accru de la profession.
La question n'est donc pas uniquement : « Qu'est-ce qui s'est passé ? »
Elle devrait aussi être :
« Comment faire en sorte que cela ne puisse plus se reproduire ? »
Cela passe par des critères de formation solides, des vérifications rigoureuses, des mécanismes de plainte connus et accessibles, des registres permettant d'éviter qu'une personne radiée puisse simplement changer d'organisation, mais aussi par des protocoles précis dans les établissements.
Depuis janvier 2026, les six associations majeures du milieu (parmi la trentaine existante) ont d'ailleurs mis leurs listes de radiations en commun, une mesure qui illustre la volonté du secteur de renforcer les mécanismes de protection.
Transformer une crise en implication pour renforcer la profession
Il serait injuste de laisser entendre que les agissements de quelques individus définissent un métier en entier.
Mais il serait tout aussi dangereux de considérer chaque incident comme un cas isolé.
La massothérapie repose sur une relation de confiance exceptionnelle. Le client confie son corps à une autre personne. Cette confiance impose une responsabilité à la hauteur de cette intimité. La solution ne consiste donc pas à avoir peur du toucher thérapeutique.
Elle consiste à mieux encadrer le toucher thérapeutique.
À expliquer davantage. À demander plus clairement. À documenter lorsque nécessaire. À former les thérapeutes aux limites professionnelles autant qu'aux techniques manuelles. À donner aux clients les moyens de comprendre leurs droits. Et à intervenir rapidement lorsqu'une limite est franchie.
Parce qu'un massage ne devrait jamais laisser place au doute quant au respect de la personne qui se trouve sur la table.
Et parce que la protection du public ne devrait pas être une réaction à une crise : elle devrait être une composante fondamentale de chaque massage, dans chaque spa, chaque clinique et chaque cabinet.
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