Et si on voyait la sexualité comme la fable des aveugles et de l’éléphant ?

par Jean-Francois Morin, Massothérapeute



AVANT-PROPOS ;

Au moment de rédiger ce texte, deux concepts occupent mon esprit afin d’illustrer les propos qui y seront abordés.

« L’éléphant dans la pièce »

Dit simplement, cette expression populaire désigne un problème évident ou un sujet délicat que personne n’ose aborder. Un sujet qui suscite à la fois malaise et inconfort, un sujet que l’on cherche surtout à éviter. Chez les massothérapeutes, cet éléphant, c’est la sexualité. Tout le monde sait qu’elle existe. Que ce soit dans l’imaginaire collectif, dans l’esprit de la clientèle, dans celui des thérapeutes eux-mêmes, ou dans celui de leurs enseignants. Tous en sont conscients, mais peu osent réellement l’aborder, de peur de provoquer malaise, tensions ou jugements hâtifs. La sexualité devient ce tabou silencieux — trop présente pour être niée, trop inconfortable pour être abordée ouvertement. Résultat : le dialogue se fragmente, les malentendus s’installent, et les positions se durcissent.

« Les aveugles et l’éléphant »

Cette fable d’origine indienne, met en scène six aveugles qui doivent décrire un éléphant, chacun ne pouvant toucher qu’une partie distincte de l’animal — la trompe, la patte, la queue, l’oreille, la défense et le flanc — croyant chacun détenir la vérité complète. Aucun n’a tort, mais aucun n’a entièrement raison. Chacun décrit une réalité partielle, façonnée par son propre point de vue, son expérience personnelle. La morale de la parabole est que chaque humain a tendance à revendiquer une vérité absolue fondée sur son expérience subjective limitée, car il ignore les expériences subjectives limitées des autres, qui peuvent être également véridique

Et c’est précisément cette approche que j’ai choisi d’utiliser afin de mieux comprendre la complexité des liens et des enjeux qui relient la sexualité à la massothérapie. Non pas pour désigner des torts ou des coupables, mais pour mieux explorer les différentes perspectives à partir desquelles la sexualité en massothérapie est vécue, interprétée et parfois projetée. Comme dans la fable, chacun touche une partie de l’éléphant et en déduit une vérité cohérente… mais incomplète.

L’AVEUGLE #1 | LE PUBLIC

En adoptant la perception du public, j’ai pu observer rapidement qu’il y a beaucoup de flous concernant la massothérapie. Un flou qui s’explique par plusieurs facteurs clés, et en particulier par celui de sa représentation dans les médias. Car soyons honnête, la plupart des gens n’ayant jamais reçu un massage dans leur vie dans un cadre professionnel, en ont une représentation très intime et souvent biaisée, alimentée de mythes et de préjugés.

Problème #1 : Le manque de connaissance

Pour beaucoup de gens, les massages sont d’abord perçus comme un luxe que l’on associe au plaisir et au bien-être (ex. Spa) et non comme un outil thérapeutique. Dans les faits, le massage s’inscrit dans une continuité historique, médicale et culturelle. Faut-il encore rappeler que le massage est une pratique ancienne, universelle et associée au soin, à la compassion et à la guérison. Non seulement le toucher est un besoin évolutif fondamental tant sur le plan social que relationnel (comme on peut le voir avec le toilettage chez les primates), mais il favorise également la détente, la sécurité et la confiance, en plus de contribuer à une bonne santé et de constituer une forme d’hygiène préventive. Or cette dimension est souvent ignorée du public.

Problème #2 : L’histoire de la sexualité et les constructions culturelles du désir

Bien que la massothérapie soit d’abord un soin, le fait qu’elle soit fondée sur l’art du toucher rend impossible de totalement dissocier sa pratique de l’imaginaire sexuel façonné par l’histoire et la culture. En particulier dans le contexte d’une société construite sur des valeurs judéo-chrétiennes pour qui la sexualité et les plaisirs de la chair sont perçus de manière plutôt négative. Étant donné sa nature, le toucher est à la fois une source de plaisir et de bien-être. Malheureusement, qu’il soit à des fins thérapeutiques ou non dans son intention, le geste quant à lui affecte de la même manière la sécrétion de dopamine et de sérotonine au niveau du cerveau, des hormones qui sont étroitement liées à la sensation de bien-être et de plaisir charnel, ce qui peut contribuer à alimenter certains fantasmes, sans parler de l’influence de la pornographie que l’on retrouve sur internet.

Problème #3 : Le manque d’expérience terrain

Pour beaucoup de gens, l’expérience de massage se limite à ce qu’ils ont vu à la télévision, au cinéma ou à celle de préliminaires reçus ou offerts dans le cadre de leur intimité. Cet aspect fondamental du toucher et du massage est probablement ce qui alimente le plus souvent l’aspect fantasmé du public et inévitablement du client.

Pour être honnête, je suis toujours amusé de voir comment, au moment de compléter un bilan de santé, certaines personnes n’ont peu ou pas d’expérience de massage, ou croient en avoir reçu beaucoup alors que leur nombre lui ne dépasse à peine la dizaine ou la vingtaine sur la période d’une vie (ce qui signifie généralement moins d’un massage par année). Imaginez faire l’exercice équivalent avec le nombre de partenaires. Est-ce que quelqu’un pourrait se sentir confiant d’échanger sur la diversité des relations sachant que son expérience personnelle se limite à une ou seulement quelques partenaires différents ? La réponse est non. Malheureusement, dans ce cas-ci, le « body count» importe. Le volume et la diversité des expériences personnelles sont nécessaires afin d’avoir une vision plus riche et globale de la pratique.

De plus, pour la plupart des gens, il existe une totale confusion concernant la profession de massothérapeute. Quelles différences y a-t-il entre une massothérapeute, une orthothérapeute, une kiné, une ostéopathe, une physio et pire encore une masseuse… sans parler des opinions et préjugés internes qui nous divisent entre nous. Malgré les arguments, cela contribue malheureusement à entretenir un discours de dévalorisation de la profession qui n’aide en rien l’amélioration de sa perception aux yeux du public, et au contraire, contribue à alimenter la confusion et les préjugés.

Problème #4 : La prolifération des salons de massage érotique

Cela n’étonnera personne que la prolifération des salons de massage érotique soit un enjeu majeur et qu’elle contribue fortement à entretenir, dans l’imaginaire collectif, l’association entre massage et prostitution, et ce, au détriment de la massothérapie et des thérapeutes qui la pratiquent. À Montréal seulement, on estime à plus de 200 le nombre de salons de massage érotique, une industrie lucrative qui prospère dans un important vide réglementaire. Si certains établissements affichent clairement leur vocation, plusieurs opèrent de façon plus discrète et utilisent l’appellation « massage » comme couverture à des activités de prostitution, brouillant volontairement les frontières entre soin thérapeutique et services sexuels. Pour certains, ces salons de massage seraient considérés comme les nouveaux bordels.

Malheureusement, ce flou nuit directement à la perception du public et expose les professionnelles à des sollicitations inappropriées. Une situation qui se trouve facilitée par un système où l’ouverture d’un salon de massage est simple — via des permis de soins personnels — et où l’absence d’encadrement professionnel permet à quiconque de se proclamer « massothérapeute », et ce, sans avoir reçu préalablement de formation ni de titre reconnu. Une faille qui favoriserait sans aucun doute l’implantation de salons offrant des « prestations avec finitions » ou « happy end » tout en utilisant le vocabulaire thérapeutique pour légitimer leurs activités. Un contexte également propice à la confusion et à l’exploitation sexuelle par le crime organisé.

Face à cette réalité, plusieurs estiment que la création d’un ordre professionnel pourrait permettre de clarifier les pratiques, protéger le public et empêcher l’usage abusif du terme « massothérapie » par des établissements érotiques. Sans cadre clair, le flou actuel continue de profiter à ceux qui en tirent avantage, au détriment des thérapeutes et de la crédibilité de la profession. Il est d’ailleurs révélateur qu’il soit plus facile pour le public d’identifier l’existence de salons offrant des « extras » que de savoir que la massothérapie fait l’objet de compétitions internationales reconnues.

Problème #5 : Le manque de connaissance des lois et réglementations en vigueur

Contrairement à ce que pense la plupart des gens, dans les faits, un massothérapeute n’est aucunement autorisé à toucher les parties intimes (seins, plis fessiers, pubis/pénis) de ses clients au cours de sa pratique, puisque cela contreviendrait à la fois à son code déontologique, mais également à loi qui interdit la tarification de tout acte de nature sexuelle.

Pour ceux qui l’ignoraient encore, le code de déontologie constitue un véritable contrat social entre le massothérapeute, ses clients et la société. Il définit les règles de conduite professionnelle, encadre la qualité des services offerts et établit les limites claires de la pratique. En s’y conformant, le thérapeute s’engage légalement à offrir des soins correspondant à ce qui est promis et reconnu par son association ou son ordre professionnel. Ce cadre protège donc le public, l’informe clairement sur la nature du service de massothérapie et permet l’exercice d’un pouvoir disciplinaire en cas de manquement, renforçant ainsi la confiance du public envers la profession.

Le projet de loi C-16, quant à lui, s’inscrit dans cette même logique de protection et de responsabilité collective. En criminalisant l’achat de services sexuels tout en visant principalement les exploitants et les clients, il cherche à réduire la demande et à lutter contre l’exploitation sexuelle faite principalement envers les femmes et les enfants qui constituent un groupe vulnérable de la société. Pour la massothérapie, cette loi clarifie la frontière entre soin thérapeutique et prostitution, rappelant que toute sollicitation sexuelle sort du cadre légal et professionnel. Ensemble, le code déontologique et le projet de loi C-16 contribuent à encadrer la pratique, à protéger les personnes vulnérables et à affirmer que la massothérapie est un acte de soin, et non une prestation à caractère sexuel.

Par conséquent, s’attendre à ce qu’un massothérapeute puisse offrir ce genre de service à un client dans le cadre de son travail signifie une incompréhension totale de la profession, voire la validation d’une vision associative entre les métiers de massothérapeute et de prostituée.

Vers des pistes de solution :

Du point de vue du public, la confusion entourant la massothérapie découle principalement d’un manque de connaissances, d’une forte influence des représentations médiatiques, d’une compréhension limitée du toucher, de l’histoire de la sexualité, ainsi que de la prolifération des salons de massage érotique opérant dans un flou réglementaire. Malheureusement, cette perception fragmentée entretient l’association entre massage et sexualité, au détriment des thérapeutes, qui eux se retrouvent exposés à des attentes et des sollicitations inappropriées. Pour y remédier, il apparaît essentiel de mieux informer et surtout de mieux éduquer le public sur la nature thérapeutique du massage. De plus, une clarification des limites professionnelles et légales, ainsi que de favoriser des expériences réelles de massothérapie, serait bénéfique pour valoriser la profession. En ce qui concerne l’encadrement l’usage du terme « massothérapie », il est certain que sans un cadre clair, cohérent et visible, le flou persistera, continuant d’alimenter les préjugés et de nuire à la crédibilité et à la reconnaissance de la massothérapie comme acte de soin.

Car dans les faits, il est tout à fait légal pour une personne d’offrir des massages sans formations ni titre certifié. Une personne n’a pas besoin de faire partie d’une association ou de se prévaloir d’assurance professionnelle. Tous ces éléments servant à protéger le public et la profession sont à la fois optionnels et conditionnels, pour le meilleur et pour le pire.

L’AVEUGLE #2 | LE CLIENT

En adoptant la perception du client, j’ai observé que la massothérapie s’inscrivait au croisement de besoins humains profonds — physiologiques, émotionnels, relationnels et identitaires — et parfois d’une quête plus globale de bien-être. Bien que souvent perçue comme un luxe non essentiel, elle répond en réalité à des besoins fondamentaux liés au toucher, à la sécurité, à l’appartenance et à l’estime de soi, tels que décrits par Abraham Maslow. De plus, il ne faut jamais oublier que lorsqu’il se présente à nous, le client arrive avec un corps porteur d’histoire, de stress, de désirs, d’influences culturelles et sexuelles, parfois confuses, façonnées par la société, la morale, les normes et l’imaginaire collectif.

Le besoin d’être touché :

Le besoin d’être touché est un besoin fondamental chez l’humain. Comme des études l’ont démontré, la privation de toucher peut entraîner des conséquences graves tant au niveau physiologique que psychologique. Des conséquences pouvant aller de la dépression jusqu’à la mort, comme cela a été observé dans le cas de nourrisson mort d’anorexie par exemple. Et malheureusement, il s’agit d’un besoin qu’il n’est pas nécessairement aussi facile à combler que l’on pourrait le croire. Le manque de contact physique et intime est un problème qui affecte beaucoup de gens seuls et même en couple, et pour beaucoup, le seul moyen d’avoir accès à de l’intimité, de la sexualité ou au simple toucher, passe par le biais de la massothérapie. Il est faux de penser que tous viennent vers nous avec un besoin purement thérapeutique (au sens musculo-squelettique). Beaucoup de gens viennent aussi avec le besoin d’être simplement touché avec respect et bienveillance. Il est également faux de penser que l’abstinence ou la privation n’ont aucun effet sur les gens. Si nous en connaissons les bienfaits, nous en connaissons également les dommages. Le toucher demeure un besoin physiologique fondamental.

Le cadre :

Lorsqu’il se présente à nous, le client cherche généralement à être touché dans un cadre sécurisant, respectueux et professionnel. Un cadre où le massage devient un espace de détente, de régulation émotionnelle, de reconnexion au corps et de santé holistique. Il est donc essentiel de comprendre ses attentes et de lui fournir un environnement correspondant à ses besoins. De ce fait, rediriger son client vers des réseaux de prostitution (salon érotique) signifie également de le rediriger vers un cadre souvent moins sécuritaire et moins professionnel. Il s’agit là d’un dilemme pour certains clients, et il est probable quand dans un contexte de légalité, beaucoup plus de gens manifesteraient leur intérêt pour ce genre de services, en particulier chez les femmes qui sont moins enclines à fréquenter les salons de massage érotique que les hommes.

Les types de toucher :

Au-delà du besoin lui-même d’être touché, il existe également différentes déclinaisons de toucher. On retrouve le toucher intime, le sensuel, le toucher réparateur, le toucher chargé de désir… Contrairement aux idées reçues, chaque client qui se présente pour un soin peut consciemment, ou non, avoir besoin d’un certain type de contact, voire parfois même plusieurs au sein d’un même soin. Dans le cadre de leur formation, les thérapeutes sont principalement formés à utiliser un toucher dit plus thérapeutique. On les décourage généralement l’adoption d’un toucher plus intime ou sensuel, afin d’éviter la confusion chez le client. Malheureusement, même si l’intention derrière le geste demeure thérapeutique, celui-ci peut néanmoins activer des mécanismes hormonaux similaires à ceux du plaisir et de la sexualité (dopamine, sérotonine, ocytocine) chez le client, et ainsi provoquer une réponse sexuelle volontaire ou non. Pour le client, la confusion entre sensualité, sexualité et thérapie peut s’expliquer de plusieurs façons, et peut être amplifiée par un manque d’expérience ou de repères clairs. Ainsi, il devient essentiel que la relation thérapeute-client repose sur la confiance et le consentement. La clarté des limites et la compréhension que la massothérapie est un acte de santé, distinct de la sexualité, est essentielle. De la même manière, il ne faut pas oublier de reconnaître que le corps, le plaisir et l’humain ne peuvent être pensés de façon séparée.

L’histoire personnelle :

Il ne faut également jamais oublier que derrière chaque individu se trouve toujours une histoire personnelle qui influence sa perception et ses attentes par rapport au massage. Certains peuvent avoir vécu des traumatismes et ressentir du malaise, de l’inconfort ou de la panique face au toucher. D’autres, au contraire, peuvent être à la recherche de contacts excitant, réconfortant ou rassurant. Le toucher permet de retrouver une confiance dans le fait d’être touché. Il peut être réconfortant, bienfaisant et respectueux. Le problème, c’est que nous évoluons dans une société où tous les besoins physiologiques ne sont pas traités de manière égale, et où les gestes servant à atténuer nos pulsions sexuelles ou nos besoins affectifs sont souvent jugés et réprimés.

Les bienfaits et limites éthiques de la massothérapie :

Comme nous l’avons vu, la ligne entre massothérapie et prostitution est infiniment mince. Par exemple, au sens du toucher, la massothérapie et la masturbation offrent toutes deux des bienfaits reconnus sur la santé physique, mentale et émotionnelle : elles contribuent à réduire le stress et l’anxiété par la diminution du cortisol, favorisent la détente profonde et améliorent la qualité du sommeil grâce à la libération d’endorphines, de dopamine, de sérotonine et d’ocytocine. De son côté, la massothérapie soutient la santé musculosquelettique, stimule la circulation sanguine et lymphatique, renforce la réponse immunitaire, apaise les douleurs et favorise la concentration, tout en procurant un sentiment de sécurité et de reconnexion au corps. De l’autre, la masturbation, quant à elle, peut aider à mieux connaître son corps, soutenir l’estime de soi, agir comme un analgésique naturel, améliorer l’humeur, favoriser la régulation émotionnelle et peut contribuer à une meilleure santé sexuelle globale. Dans les deux cas, le toucher et le plaisir vécus de manière consentante et respectueuse participent au bien-être holistique, à l’équilibre psychocorporel et à une meilleure qualité de vie. Ensemble, ils forment un tout. Il n’est donc pas surprenant que certains clients soient tentés de rechercher ce genre de service. De façon générale, l’Homme est une créature qui apprécie de vivre des expériences et qui aime explorer, tester, ressentir. Objectivement, il ne devrait pas y avoir de mal à vouloir et à pouvoir offrir des services professionnels et thérapeutiques plus variés et globaux incluant certains actes de nature sexuels comme la masturbation avec une formation professionnelle adéquate par exemple. Mais socialement, nous avons décidé de fragmenter les choses afin de mieux protéger les gens les plus vulnérables de la société face aux abus et aux violences. Et c’est en grande partie à cause de ces deux réalités qu’il existe un espace de tension où naissent les malentendus, les projections et parfois les transgressions.

Les effets pervers de la loi C-36 : En rendant la sollicitation d’actes sexuels illégal et criminel pour les clients, la loi les prive du même coup d’un accès à des soins sécuritaires et professionnels. Puisqu’il est interdit d’offrir de tels services, les alternatives sont souvent de se retourner vers ceux offerts par le crime organisé. Penser éliminer la demande est illusoire et le sujet est source de débat incessant. D’un point de vue du client, la légalisation me semble l’option dans une société progressiste et égalitaire. Mais il n’y a pas de réponse facile vis-à-vis un enjeu aussi complexe.

Les responsabilités du client : De son côté, il est essentiel pour le client d’apprendre à s’informer. Dans le contexte actuel, il est clair et facile d’avoir accès aux lois et réglementations qui encadrent la profession de massothérapeute ainsi que de connaître les services qui lui sont offerts. Rien ne permet d’accepter qu’un client sollicite des actes de nature sexuelle, alors que cela est explicitement interdit et qu’il s’agit de gestes à la fois illégal et criminel. En tant que client, il en va de sa responsabilité de faire preuve de retenue, de contrôler son comportement, et surtout, de faire preuve de respect envers le thérapeute en faisant attention à son hygiène corporelle et en respect les limites de celui-ci. Dans le cadre actuel, demander un « extra », c’est un manque total de respect envers le professionnel qui nous accueille.

L’AVEUGLE #3 | LE PRATICIEN

Une question de perception

De son point de vue, le thérapeute voit son toucher comme un acte professionnel, encadré, intentionnel, fondé sur des limites claires, le consentement et la relation d’aide. Pour la plupart, une formation en massage suédois constitue la fondation de sa pratique. Bien qu’il puisse évoquer l’image d’un massage sensuel réalisé par une jolie jeune Suédoise aux cheveux blonds dans l’imaginaire du client, dans la pratique, ce n’est pas tout à fait ça. Le praticien se voit avant tout comme un professionnel, un thérapeute, et non comme un « masseur-se ». À ses yeux, l’omission de la terminologie « thérapeute » par le client et le public est source de frustration et d’exaspération. En plus de leur formation de base, plusieurs professionnels ont accumulé énormément d’heures de formation supplémentaires. Beaucoup dépassent les 1000 h, d’autres les 2000 h. Tous ne sont pas au même niveau. Et cela, avec raison, semble beaucoup affecter la façon dont ils sont perçus par le public et leurs clients.

Son rapport personnel avec la sexualité Tout comme pour le client, l’individu qui exerce le métier de massothérapeute possède lui aussi son histoire et un rapport personnel avec la sexualité. D’un côté, on retrouve beaucoup de personnes qui ne sont pas à l’aise avec la sexualité de façon générale. De ce fait, les exposer à la sexualité d’autrui constitue donc quelque chose qui les pousse au-delà de leur propre zone de confort et qui peut se manifester par un sentiment d’attaque personnelle. En leur demandant un « petit extra », on s’attaque ainsi à leurs valeurs, leurs croyances, leur éthique.

Pour beaucoup de thérapeutes, la sexualité appartient également au domaine de l’intimité et du sacré. Cette transposition de valeurs et de croyances sur des clients ou même sur des collègues peut s’avérer une source importante de conflits et de tensions. J’ai personnellement souvent entendu des thérapeutes s’exprimer sur le fait que d’accepter la masturbation en tant qu’acte dans sa pratique ne serait pas professionnel. Je pense que cela manque de nuance et d’objectivité. Dans le contexte légal et déontologique actuel, effectivement, on pourrait dire qu’il ne s’agit pas d’un acte professionnel au sens où il n’est pas autorisé par la loi ni par la profession. Il ne s’agit donc pas d’un acte professionnel à proprement dit. Toutefois, cela ne signifie pas que la personne qui pose le geste ne possède pas elle l’expertise professionnelle d’un thérapeute. Il ne serait d’ailleurs pas surprenant de retrouver certaines personnes ayant accumulées plusieurs heures de formation professionnelle dans des salons de massage érotique afin de pouvoir aller cherche de petits « extras » financiers à l’abri des regards et des contraintes déontologiques, tout en offrant des services de qualité et de niveau professionnel.

Selon un reportage consulté pour l’écriture de ce texte, les réceptionnistes de salon semblaient s’entendre pour dire qu’il y a deux types de clients qui fréquentent ce genre d’établissement. « Ceux qui recherchent une belle fille avec des attributs bien précis comme de gros seins et de jolies fesses, et les autres qui veulent celle avec le plus de doigté, plus précisément celle qui masse le mieux, mais aussi celle qui masturbe selon leurs préférences ». Il serait donc faux de totalement éliminer le savoir-faire professionnel de l’équation.

De plus, suivant ce qui a été exploré précédemment chez la perspective du client, il semble impossible d’ignorer les bienfaits que procure la masturbation d’un point de vue purement thérapeutique.

Enjeux & Risques

L’un des véritables enjeux avec l’intégration de la sexualité dans le cadre de notre pratique professionnelle, à mon avis, concerne les risques qu’il soulève, tant pour le thérapeute que pour le client lui-même. Pour le thérapeute, les risques ciblent surtout sa réputation et son intégrité. Une réputation est longue à bâtir, mais rapide à démolir. S’exposer à des allégations de nature sexuelle peut être fatale pour une carrière. Cela pourrait également nuire grandement à la vie privée d’un thérapeute. Dans notre société, peu de gens seraient à l’aise avec l’idée que leur partenaire s’adonne à des actes de nature sexuelle au travail, même avec une intention professionnelle et thérapeutique. À cela pourrait également s’ajouter une augmentation des risques de harcèlement et de santé associée à l’hygiène, aux maladies et aux ITS.

Pour le client, au-delà des bienfaits apparents, il existe malgré tout les risques d’abus de la part de certains professionnels. En tant que thérapeute, nous sommes en position d’autorité et de pouvoir sur le corps de celui qui reçoit. Permettre l’accès aux régions intimes de nos clients de façon l’égale ouvrirait potentiellement une brèche supplémentaire favorisant encore plus l’exposition des personnes vulnérables aux risques d’agression, de violence et d’inconduites sexuelles.

Une question de limite et d’encadrement

Dans un monde idéal, un professionnel proprement formé pourrait se voir légitimer de performer des actes de nature sexuels à la demande de son client, dans un contexte sécuritaire et de consentement mutuel.

N’oublions pas que sur le fond, le massothérapeute est un professionnel du toucher. Il doit être passionné par l’humain, attentif aux besoins et motivé à offrir des soins de qualité… Son travail est de découvrir et comprendre le corps humain, son anatomie, sa physiologie, ses pathologies, mais aussi son fonctionnement. Il doit comprendre les attentes du client et prodiguer le soin approprié. Son toucher doit être thérapeutique et professionnel (et pas impersonnel). Il doit être chargé d’une intention bienfaisante, et exercé dans le cadre de limites (claires) et avec une éthique (rigoureuse). Un bon massothérapeute doit aimer ce qu’il fait et être à l’aise avec les gens. En tant que professionnel, vous connaissez vos limites, vous devez donc les respecter.

Dans les faits, on ne peut pas demander à tous les professionnels d’être à l’aise avec les questions que pose la sexualité des personnes accueillies. D’abord parce que cela réclame d’être soi-même à l’aise avec sa propre sexualité et que cela ne se décide pas. Toutefois, je pense qu’il ne faut pas non plus dénier la place de la sexualité même quand ses manifestations nous incommodent ou nous dérangent.

En tant que thérapeute, nous devons également faire preuve d’empathie et d’ouverture (ne pas juger). Le massothérapeute est un professionnel, donc, il ne doit jamais porter un jugement sur l’opinion d’une personne ou d’un collègue. Nous devons également faire preuve de curiosité et d’ouverture. À mon avis, nier la sexualité c’est nier une partie de notre humanité.

Dans un contexte de légalisation d’actes à caractère sexuel tel que la masturbation exercée par des professionnelles formées et accréditées par exemple, je l’imaginerais comme une spécialisation optionnelle et consentante au même titre qu’une formation spécialisée en drainage lymphatique ou en fasciathérapie qui n’appartient pas au cursus de base. Quelque chose que le thérapeute choisirait lui-même d’ajouter à son offre de service grâce à de la formation supplémentaire et qui ne lui serait pas imposé lors de sa formation de base.

L’AVEUGLE #4 | L’ÉCOLE

Rôle et défis

De son point de vue, l’école y voit à mon avis des défis à la fois sur le plan pédagogique, mais également sur le plan humain et éthique. Pour elle, la massothérapie est d’abord et avant tout un savoir à transmettre, un cadre à structurer et une pratique à professionnaliser. Son rôle consiste à former des thérapeutes compétents, conscients de leur posture, de leurs responsabilités et des limites éthiques de leur pratique. Elle se situe à l’interface entre le corps, la relation d’aide et les attentes sociales, avec le mandat de transformer un geste ancestral — le toucher — en un acte thérapeutique sécuritaire, réfléchi et légitime.

Cependant, l’école avance à tâtons dans un champ traversé par de nombreuses tensions. Elle doit composer avec des représentations sociales chargées de fantasmes, une confusion persistante entre soin et sexualité, ainsi qu’un cadre légal et institutionnel parfois flou ou incomplet. Elle se retrouve à devoir enseigner non seulement des techniques, mais aussi une culture professionnelle : la gestion des projections du client, la reconnaissance des enjeux liés à la sexualité, la communication des limites, et la capacité à maintenir un cadre clair sans nier la dimension humaine et sensible du toucher.

L’un de ses plus grands défis réside sans doute dans l’équilibre entre ouverture et rigueur. Trop d’évitement du sujet de la sexualité laisse les futurs thérapeutes démunis face à la réalité du terrain ; trop d’ambiguïté, au contraire, fragilise la crédibilité de la formation et expose à des dérives. L’école doit donc assumer un rôle de médiation : nommer ce qui traverse la pratique sans le valider, contextualiser le plaisir sans le confondre avec la finalité thérapeutique, et outiller les étudiants à naviguer dans un monde où le toucher est à la fois nécessaire, chargé de sens et socialement sensible.

Comme l’aveugle qui touche une partie de l’éléphant, l’école ne détient pas la vérité complète, mais sa responsabilité est cruciale : donner une forme intelligible à ce qu’elle perçoit, transmettre des repères solides et contribuer, par l’éducation, à clarifier la place de la massothérapie dans la société.

Ne pas confondre massothérapie et massage suédois

Pour la majorité des écoles, le massage suédois constitue la base de l’enseignement thérapeutique. À ma connaissance, je n’ai jamais vu d’école et d’association professionnelle offrir des formations en massage tantrique par exemple. Malgré l’étendue de son potentiel et la richesse de la pratique, pour beaucoup, la massothérapie se réduit à l’apprentissage du suédois, oubliant que celle-ci est ancrée dans une approche culturelle occidentale et moderne et que la massothérapie ne se résume pas à la pratique d’un protocole. De la même manière que la massothérapie ne rime pas forcément avec détente et spa.

Développement professionnel & formations spécialisées

D’un point de vue académique, une option serait d’aborder le massage à connotation « sexuel » en tant que formation spécialisée, au même titre qu’un massothérapeute pourra chercher à se spécialiser en oncomassage par exemple.

Exemple de programme de formation

Un programme de massage à orientation sexologique et établie en collaboration avec des sexologues pourrait proposer une approche thérapeutique du toucher fondée sur la compréhension de la sexualité comme phénomène et outil thérapeutique. Il viserait à soutenir la reconnexion au corps, la régulation du système nerveux et la restauration d’un rapport sécurisant aux sensations, au plaisir et à l’intimité, notamment chez les personnes vivant de la dissociation, de l’anxiété, de la honte corporelle ou des traumatismes. Le toucher y serait lent, conscient et ajusté, orienté vers la perception, les frontières corporelles et le consentement dynamique, dans un cadre éthique strict. Inscrit comme outil complémentaire au travail sexologique ou psychothérapeutique, ce massage pourrait offrir un espace relationnel sécurisant où l’on peut être touché sans être désiré, accueilli sans performance, et réconcilié avec son corps. Une approche du massage orientée plutôt vers la qualité de perception plutôt que vers l’effet biomécanique, en favorisant un toucher conscient, lent, présent.

Enjeux de perception et de réputation

Dans le contexte actuel, au même titre que pour les praticiens, les écoles s’exposent elles aussi à la perception du public. En ce sens, une école qui souhaiterait offrir des formations en massage tantrique ou en massage à orientation sexologique, se verrait confrontée à des enjeux de perception et de réputation majeurs et multidimensionnels. D’abord, le principal risque réside dans l’amalgame, fréquent dans l’imaginaire collectif, entre sexualité, érotisme et prostitution, qui peut conduire le public, les médias ou les institutions à interpréter ces formations comme une légitimation de pratiques sexuelles plutôt que comme des approches thérapeutiques encadrées. Cette confusion pourrait fragiliser la crédibilité académique de l’école, nuire à sa reconnaissance professionnelle et entraîner une méfiance accrue des partenaires institutionnels, des assureurs ou des associations professionnelles.

De plus, l’école se retrouve elle aussi confrontée à un défi éthique et légal : elle doit démontrer clairement que les contenus enseignés respectent les lois en vigueur, les codes de déontologie et les limites strictes entre soin, sexualité et intimité, afin d’éviter toute perception de dérive ou d’abus. Enfin, sur le plan interne, ces formations exigent un positionnement pédagogique très clair, une sélection rigoureuse des étudiants et des enseignants, ainsi qu’un cadre discursif solide pour prévenir les interprétations erronées, protéger les futurs praticiens et préserver la réputation globale de l’institution dans un contexte social encore fortement marqué par les tabous entourant le toucher et la sexualité.

Par conséquent, toutes formes d’association à des formations à connotations sexuelles peuvent s’avérer pour une école très dommageable tant pour son image que pour sa reconnaissance auprès de partenaires. Un risque que peu d’école sont prêtes à courir et qui explique probablement leur volonté à se tenir à l’écart du sujet.

L’AVEUGLE #5 | L’INSTITUTION

Rôle & Positionnement

Contrairement à celui des autres aveugles de la parabole, le point de vue institutionnel m’a permis de réaliser un constat que je n’avais pas anticipé au départ. Pour elle, la sexualité et la prostitution ne sont pas appréhendées comme des expériences individuelles ou une réalité relationnelle, mais comme un phénomène social, juridique et éthique dont les répercussions collectives sont majeures.

Il faut garder en tête que l’institution agit avant tout comme garante du cadre professionnel, de la santé publique, des droits de la personne et de la justice sociale et que son rôle consiste avant tout à tracer des frontières claires entre ce qui relève du soin thérapeutique et ce qui participe de l’exploitation sexuelle ou de la marchandisation du corps. Cette responsabilité ne concerne pas seulement les situations individuelles, mais la lisibilité même du champ professionnel, la confiance du public et la légitimité sociale à long terme des pratiques de soin. Dans cette perspective, l’institution observe à distance du vécu clinique, mais avec une attention constante aux structures qui la rendent possible et durable.

Le « plus vieux métier du monde »

De son point de vue, l’institution ne peut se permettre de réduire le débat à celui d’une fatalité ou d’un simple choix individuel. De ce fait, il est de son devoir de remettre en question les récits qui naturalisent la prostitution ou la rémunération d’actes à caractère sexuel — tels que le mythe du « plus vieux métier du monde » —. En y voyant des constructions idéologiques qui occultent les rapports de pouvoir, les inégalités économiques, le racisme systémique et les violences genrées, l’institution prend position. Les données contemporaines le confirment, audelà des enjeux de consentement mutuel, la prostitution s’inscrit largement dans une économie criminelle mondialisée, étroitement liée à la traite des personnes, touchant de manière disproportionnée les femmes, les mineures et les populations marginalisées, notamment autochtones, immigrantes ou en situation de précarité.

Un mandat de protection

Face à cette réalité, l’institution se donne un double mandat de protection : d’un côté, protéger le public contre les abus, les zones grises et les dérives, mais de l’autre, également celui de protéger les professionnels contre des attentes, des pressions ou des interprétations susceptibles de les placer en situation de vulnérabilité légale, éthique ou réputationnelle. L’institution considère que toute confusion entre sexualité, intimité et acte thérapeutique fragilise l’ensemble du cadre de soin. Ce flou, lorsqu’il s’installe, ne contamine pas seulement des pratiques marginales, mais érode la cohérence symbolique et normative de la profession dans son ensemble.

Faire face à des enjeux complexes

Avec son positionnement, l’institution se retrouve ainsi confrontée à des enjeux complexes : agir en prévention plutôt qu’en réaction, définir des règles parfois perçues comme rigides, maintenir un équilibre délicat entre humanité et contrôle, et assumer une responsabilité collective où chaque dérive individuelle peut avoir des répercussions systémiques. Elle doit également composer avec l’évolution des discours sociaux, qui tendent parfois à banaliser ou glamouriser la prostitution sous l’angle de l’émancipation, tout en occultant les violences, les impacts psychologiques et les atteintes à l’intégrité documentées.

Nature de la perception

À l’image de l’aveugle de la parabole, l’institution perçoit surtout les effets diffus de la sexualité sur le champ du soin : confusion des rôles, brouillage du sens, fragilisation de la confiance sociale. Sa posture, parfois perçue comme distante ou normative, est avant tout dictée par la nécessité de protéger les plus vulnérables et de maintenir un cadre commun capable de soutenir, à long terme, la responsabilité collective de la société.

Dans ce contexte, les cadres juridiques et déontologiques — incluant l’interdiction des actes à connotation sexuelle rémunérés, la clarté des codes de conduite, la question des reçus d’assurance et la création éventuelle d’un ordre professionnel — apparaissent comme des outils essentiels pour préserver la distinction entre soin et service sexuel. Pour l’institution, mieux encadrer la profession ne vise pas à nier la complexité humaine du terrain, mais à préserver un espace thérapeutique sécuritaire, intelligible et éthiquement défendable.

EN CONCLUSION

Ce que cet exercice de la parabole m’a permis de comprendre, c’est que derrière la part de lumière se cache une réalité souvent occultée : la sexualité n’affecte pas uniquement les clients, elle affecte aussi profondément les thérapeutes. Elle influence leur sentiment de sécurité, leur posture professionnelle, leur rapport au toucher, ainsi que leur charge émotionnelle et psychologique. Être confronté à des sollicitations sexuelles, explicites ou implicites n’est jamais neutre. Cela peut générer de l’inconfort, de la fatigue morale, une vigilance constante, voire une remise en question identitaire du rôle thérapeutique.

En choisissant cette métaphore, j’ai choisi d’affirmer qu’aucune perspective ne suffit à elle seule pour saisir l’ampleur du phénomène. Comprendre les liens entre sexualité et massothérapie exige d’accepter la coexistence de points de vue multiples — parfois contradictoires, souvent conflictuels — et de reconnaître que chacun d’eux éclaire une facette réelle du problème.

Ce n’est qu’en regardant l’éléphant dans son ensemble, plutôt qu’en s’attachant à une seule de ses parties, qu’il devient possible d’ouvrir un dialogue plus juste, plus humain et plus respectueux. Un dialogue qui reconnaît la complexité de la sexualité, tout en recentrant la discussion sur la protection, la reconnaissance et le vécu des thérapeutes.

Du point de vue du client, le toucher peut être perçu comme intime, réparateur, voire chargé de désir, en fonction de son histoire personnelle, de ses besoins affectifs ou de ses représentations de la sexualité.

Du point de vue du thérapeute, ce même toucher est un acte professionnel, encadré par une intention thérapeutique, des limites claires et une éthique rigoureuse.

Entre ces deux réalités, il existe un espace de tension où naissent les malentendus, les projections et parfois les transgressions.

De leur côté, les institutions y voient un enjeu légal et éthique associé aux enjeux plus larges de la prostitution. Les écoles, elles, y voient un défi pédagogique et économique. Le grand public, une zone floue où se mélangent mythes, fantasmes et réalités médiatiques. Chacun touche une partie de l’éléphant… et croit souvent comprendre l’ensemble.

La morale de la parabole est limpide : nous avons tendance à défendre notre vérité subjective comme absolue, sans reconnaître que d’autres expériences, tout aussi réelles, coexistent. C’est précisément ce qui rend la discussion autour de la sexualité en massothérapie aussi polarisante. Ce n’est pas un simple débat moral ou juridique, mais une problématique systémique, qui touche à l’intimité, au pouvoir, au consentement, à la vulnérabilité et au sens même du toucher.

Refuser de voir l’éléphant dans son ensemble — en se limitant à une seule perspective — ne fait qu’alimenter la confusion et les tensions. Comprendre cette problématique exige au contraire de prendre du recul, d’élargir le regard et d’accepter que la réalité ne se laisse pas réduire à une seule lecture.

Car au final, que l’on se place du côté du client ou du thérapeute, la sollicitation de services sexuels en contexte de massothérapie renvoie toujours à quelque chose de profondément personnel : le rapport au corps, aux besoins, au désir, aux limites… et à ce que chacun projette, consciemment ou non, sur le toucher

« Reconnaître la complexité de cette problématique, sans la réduire à une seule lecture, permet d’ouvrir un dialogue plus juste, respectueux et centré sur la protection et la reconnaissance du cadre thérapeutique »
— Jean-François Morin







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